Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Celles et ceux qui sont abonnés à ma lettre STRATÉGIES pourront mettre en perspective, au regard de la stratégie trumpienne globale décrite, ce complément d’information qui a fuité du côté américain, puisque c’est le Washington Post qui a révélé que Trump aurait proposé à Macron, lors de sa visite officielle en avril dernier, de quitter l’Union européenne et de négocier avec les États-Unis un accord de libre-échange plus intéressant que les conditions dont bénéficie l’Union européenne.

Avant de revenir sur cet article du Washington Post, je voulais partager avec vous quelques considérations et préoccupations d’ordre géopolitique sur ce que nos amis les Américains ont en tête comme projet pour les Européens en général, les Allemands en particulier et les Français accessoirement.

En mars 2003, Condoleezza Rice, la conseillère du président Bush pour la sécurité nationale, déclara cyniquement, suite au refus du président de la République Jacques Chirac d’engager notre pays dans ce qui s’avérera effectivement la funeste aventure militaire américaine en Irak, “il faut ignorer l’Allemagne, pardonner à la Russie et punir la France”.

La France fut effectivement punie, notamment économiquement puisque nous ne signerons aucun contrat international d’importance pendant des années.

Aujourd’hui, les nécessaires besoins qu’imposent des circonstances différentes pour le pouvoir américain en place nous permettent de nous inspirer de cette phrase de Condoleezza Rice et de l’adapter aux nécessités du jour.

« Punir l’Allemagne, négocier avec la France, détruire l’Europe ! »

Voilà quelles sont quelques-unes des étapes intermédiaires pour atteindre l’objectif ultime de la stratégie trumpienne, à savoir restaurer le leadership et la domination américaine sans partage sur le monde.

Pourquoi punir l’Allemagne ? Parce que l’Allemagne est le maillon fort européen, et qu’une Allemagne affaiblie ne pourra pas peser autant en Europe, mais ce n’est pas tout.
L’Allemagne a un modèle économique mercantiliste. Elle produit et exporte beaucoup, importe peu. Ses excédents sont considérables. Par nature, l’Allemagne est donc profondément mondialiste et globaliste, car la mondialisation a été très bénéfique pour 3 pays dans le monde en ordre décroissant de profits réalisés. En numéro un, la Chine. En seconde position… l’Allemagne. Au troisième rang, le Japon.

L’Allemagne et ses positions ultra-mondialistes et libre-échangistes en font l’ennemi numéro un à abattre en Europe pour les États-Unis.

Autre élément, affaiblir l’Allemagne c’est évidemment affaiblir l’euro, tuer l’euro c’est favoriser le dollar et tuer l’Europe qui ne se remettrait pas d’un tel désastre (inéluctable et qui sera hâté par Trump).

Négocier avec la France, c’est favoriser les conditions d’une rupture de la colonne vertébrale européenne incarnée par le couple franco-allemand.

Ce que Trump a proposé à Macron, c’est de trahir l’Allemagne de Merkel et de sauver les fesses des Français au prix de l’explosion du rêve européen de nos europathes mondialistes.

La réponse de Macron a été sans appel… : « Si cela avait été évoqué, compte tenu de mon engagement européen, je vous laisse imaginer quelle aurait été ma réponse. »

Effectivement, l’engagement du Président français à l’égard de l’Union européenne est total et ne peut pas être remis en cause. L’Europe, le libre-échange font partie de son logiciel politique et de sa « mission ». Il n’a d’ailleurs jamais caché cela et s’est toujours présenté comme le défenseur de la construction européenne telle qu’elle est mise en œuvre depuis les années 50.

L’objectif des États-Unis est ici de diviser pour mieux régner, une stratégie aussi vieille que le monde, et on voit déjà à l’œuvre les services américains qui agitent l’Allemagne sur le sujet migratoire en aidant au développement d’une crise politique majeure pour tenter d’abattre Merkel, vous savez, le « leader du monde libre ». Du métier, et jours comptés.

Quand Merkel tombera, et les Américains la pousseront, que fera Macron ? Le « deal » proposé par Trump ne sera certainement plus aussi favorable évidemment.

Trump aurait proposé à Macron de quitter l’Union européenne

« Peut-on imaginer la France quitter l’Union européenne ? Visiblement Donald Trump l’a fait. Le Washington Post affirme que lors de son entrevue avec Emmanuel Macron au mois d’avril, le président américain lui aurait proposé de sortir de l’Union européenne pour signer un accord bilatéral avec les États-Unis »… C’est ce que rapporte L’Express dans cet article.

En tuant l’Europe, les États-Unis s’assureront la maîtrise du monde… Sauf la Russie et la Chine, mais finalement, si démondialiser le monde nécessite de reconstruire un mur, un peu plus loin que Berlin et du côté de l’Ukraine pour isoler Russes et Chinois, cela n’empêcherait pas les Américains de dormir.

Pendant ce temps, les Chinois vont tenter de réagir en proposant à l’Europe des accords commerciaux, accords commerciaux qui seront surtout bons pour la Chine, tant nous négocions comme des pieds depuis plus de 30 ans avec les Chinois sous prétexte de s’ouvrir un marché 1,5 milliard de consommateurs potentiels.

Dernier élément de réflexion, la démondialisation a un prix, la domination américaine et le retour de son leadership a un coût.

Il n’y aura pas de démondialisation « douce » et « pacifique », il sera nécessaire de faire dérailler le fonctionnement du monde tel qu’il est et cela va entraîner une crise très forte.

Cette crise sera déclenchée par les Américains, au moment opportun pour eux. Ils seront touchés, comme ils le furent en 1941. Ils étaient au fond du trou, dans les cordes ! Sans marine, sans navire, sans armée, en quelques mois ils ont jeté les bases d’une industrie de l’armement gigantesque qui leur a assuré depuis 1945 la domination du monde.

Ils s’apprêtent à refaire la même chose. Vous n’achèterez bientôt plus chinois mais américain, et pour réussir cela, Trump et sa clique écraseront tous leurs adversaires sans la moindre pitié.

Si Macron a gagné les poignées de mains devant les caméras, le pauvre bougre perdra le bras de fer à la première partie. L’Europe, désunie, n’aura aucune chance face à la raison d’État américaine.

Nous allons prendre une sacrée dérouillée, alors pour une fois, je ne vous fais pas un avis de tempête, mais un avis de raclée, et cela nous fera nettement plus mal.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
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