Le Brexit aura un impact limité sur le marché chinois mais devrait renforcer les relations commerciales sino-britanniques

Le Brexit serait-il l’occasion d’un basculement géopolitique majeur, avec le Royaume-Uni qui se rapprocherait de la Chine en s’éloignant des USA et aussi de l’Europe ? Ce n’est pas impossible, et Londres a signé de gros accords pour distribuer une partie importante de la devise chinoise à l’étranger.

Charles SANNAT

BEIJING, 27 juin (Xinhua) — La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) offre à la Chine une opportunité pour chercher de meilleures relations économiques avec un Royaume-Uni plus isolé, ont indiqué des analystes.

Si le Royaume-Uni n’arrive pas assurer de bonnes relations commerciales avec l’UE ou d’autres partenaires potentiels après le Brexit, il aura besoin d’un plus grand soutien de la partie chinoise sur le plan commercial et mènera ainsi des négociations avec la Chine pour intensifier le commerce et la coopération avec les entreprises chinoises, a expliqué Li Daokui, directeur du Centre de la Chine dans l’économie mondiale à l’Université Tsinghua.

Suite au Brexit, la Chine aura accès à un marché britannique plus libéralisé et ouvert. Mais en même temps, en perdant le Royaume-Uni comme porte ouverte sur l’UE, la Chine devrait faire face à un plus haut niveau de protectionnisme de la part de l’UE, a analysé Cui Hongjian, chercheur supérieur de l’Institut des études internationales de Chine.

« Le Brexit devrait en fait accélérer la compétition entre d’autres pays européens pour des affaires réalisées en yuan. Par conséquent, le Royaume-Uni devrait fournir de meilleures conditions aux institutions chinoises », a expliqué Xiang Songzuo, directeur adjoint de l’Institut monétaire international de l’Université du Peuple.

La visite du président chinois Xi Jinping au Royaume-Uni en octobre dernier a marqué le début d’une nouvelle « ère dorée » pour les relations sino-britanniques.

L’année dernière, le volume du commerce entre les deux pays a atteint 78,54 milliards de dollars, soit 14 % du commerce total de la Chine avec l’UE, selon les douanes chinoises.

En outre, la Chine et le Royaume-Uni ont renforcé ces dernières années leur coopération sur la promotion de l’utilisation générale du yuan.

Le Royaume-Uni était le premier pays occidental à avoir émis des obligations souveraines en yuan, et le premier pays développé à inclure la monnaie chinoise dans sa réserve de devises.

La banque centrale chinoise a émis l’année dernière 5 milliards de yuans en billets à Londres, soit la première émission offshore de ce type de la part de la Chine.

Par ailleurs, la Chine émettra à Londres pour une valeur de 3 milliards de yuans (458 millions de dollars) des obligations du gouvernement, et ces obligations en yuan seront échangées à la Bourse de Londres, a annoncé le mois dernier le ministère chinois des Finances.

Le Royaume-Uni était le premier grand pays occidental et premier membre du G7, à annoncer son intention de faire partie de la BAII en mars 2015. Le 3 décembre 2015, il est devenu le premier pays non asiatique et premier membre du G7 à ratifier les articles de l’Accord de la BAII, ouvrant ainsi la voie à l’adhésion d’autres pays européens.

Pourtant, le Brexit devrait affecter le processus d’internationalisation du yuan, car le Royaume-Uni a beaucoup contribué ces dernières années aux efforts chinois pour inclure le yuan dans le panier de devises des droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI), ont reconnu des analystes.

Le RMB deviendra à partir du 1er octobre 2016 la 5e devise faisant partie du panier des DTS avec le dollar américain, l’euro, le yen japonais et la livre sterling britannique.

Parmi les pays de l’UE, le Royaume-Uni est l’un des pays qui préconise activement le libre-échange, et sa politique commerciale envers la Chine est relativement ouverte et souple.

Après le Brexit, pour obtenir le soutien chinois, le nouveau gouvernement britannique devrait promouvoir les relations commerciales avec la Chine, améliorer et faciliter davantage les politiques concernées, a indiqué Li Daokui.

Les relations commerciales sino-britanniques devraient être plus proches sans l’influence de l’UE sur le Royaume-Uni, a ajouté M. Li.

Le Brexit n’aura qu’un effet limité sur le marché boursier chinois, en raison d’une exposition réduite des actifs financiers chinois aux risques étrangers, malgré les turbulences qui ont suivi l’annonce des résultats du référendum, ont analysé des économistes.

« Le statut de Londres comme centre d’échange du yuan à l’étranger sera plus ou moins affecté. Cela devrait apporter des opportunités pour les affaires en yuan à Francfort, au Luxembourg ou à Zurich, par exemple », a indiqué Lian Ping, économiste en chef de la Banque des Communications.

Suite au Brexit, les marchés boursiers mondiaux ont chuté, avec l’Indice composite de Shanghai qui a reculé de 1,3 % à la clôture, alors que le yuan a également baissé face au dollar.

L’impact du Brexit sur le yuan et le marché boursier est seulement « psychologique », et la valeur à long terme des actions chinoises dépend encore de la situation économique de la Chine, a noté M. Lian..

La banque centrale chinoise s’est engagée, vendredi, à poursuivre sa politique monétaire prudente et à utiliser divers outils politiques pour maintenir une abondance raisonnable de liquidité et la stabilité financière, après que le Royaume-Uni a voté par référendum pour sortir de l’Union européenne.

La Chine « respecte le choix du peuple britannique », a déclaré vendredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

« Nous voyons nos relations avec le Royaume-Uni et l’UE d’un point de vue stratégique et sur le long terme », a assuré Mme Hua, soulignant qu’une « Europe stable et prospère servait les intérêts de tous ».