Mes chères impertinentes, chers impertinents,

Je vous parle très régulièrement des taux d’intérêt, notamment et en particulier ceux de la zone euro qui commencent à diverger de manière conséquente.

Je vous disais dans l’édition d’hier, que les taux notamment le 10 ans italien venait de passer la barre symbolique des 4 %.

Ce n’est pas rien 4 % à payer sur sa dette quand elle représente presque 160 % du PIB ! Cela veut dire en gros que si toute la dette italienne coûtait « 4 % » il faudrait rien que pour payer les intérêts de la dette de la péninsule débourser chaque années l’équivalent de presque 7 % du PIB ! Vous imaginez ? 7 % de votre PIB chaque années ? Impossible à financer en réalité.

Ce serait la faillite de la 3ème économie de la zone euro.

Il y a plus de 10 ans, lors de la précédente crise de la dette de la zone euro, il s’était passé la même chose.

Les taux avaient commencé à diverger, puis la panique s’était emparée des marchés ce qui était éminemment prévisible, comme cela l’est également cette fois-aussi, les mêmes causes provoquant les mêmes effets.

Je le sais. Vous le savez. La BCE le sait aussi, et cette fois, elle ne cache pas le risque, car tout le monde le sait y compris les marchés, surtout les marchés.

Une réunion d’urgence de la BCE hier. 

Alors, dans ce contexte de pré-panique, la BCE a tenu un Conseil des gouverneurs « non prévu ».

Les équipes de la BCE vont plancher sur un dispositif pour éviter un trop grand écartement entre les coûts d’emprunts d’Europe du Nord et du Sud.

Au menu de cette réunion exceptionnelle, le mouvement de vente massive des obligations d’Etats européens qui a fait flamber les taux d’emprunts des différents pays de la zone euro ces dernières semaines.

Le problème est très facile à comprendre et cela fait des années que je vous en parle très régulièrement.

Comme le dit le Journal Les Echos, « les investisseurs doutent de la capacité de la BCE à mener une hausse de ses taux directeurs et la fin de ses achats , tout en luttant contre un écartement trop important des taux entre pays du Nord et pays du Sud ».

Soit la BCE réduit son bilan, cesse ses rachats d’actifs, et augmente ses taux, en clair, soit la BCE normalise sa politique monétaire et elle fera exploser la zone euro en raison de la hausse des taux qui sera inévitable et incontrôlable.

Soit la BCE ne réduit pas aussi vite son bilan ni ne monte ses taux aussi vite que les Etats-Unis. Alors l’inflation sera encore plus forte en Europe que ce qu’elle n’est aujourd’hui, puis l’inflation sera renforcée par la baisse de l’euro face au dollar.

L’inflation ou l’insolvabilité. 

Voilà le triste choix face auquel se trouve la BCE.

Il n’y en a aucun de bon.

Alors la BCE va tenter de s’ouvrir une troisième voie, elle va tenter de créer un nouveau chemin et c’était tout l’objectif de cette première réunion d’urgence.

« Le conseil a ainsi décidé d’appliquer de la souplesse dans le réinvestissement des remboursements arrivant à échéance dans le portefeuille PEPP, en vue de préserver le fonctionnement du mécanisme de transmission de la politique monétaire.

En outre, il a décidé de charger les comités compétents de l’Eurosystème, ainsi que les services de la BCE, ‘d’accélérer l’achèvement de la conception d’un nouvel instrument antifragmentaire pour examen par le conseil ».

Un nouveau machin pour gagner du temps et noyer le poisson!

Nous allons donc assister à la naissance d’un mécanisme anti-fragmentaire, le MAF, je vous dis le MAF histoire de lui donner un petit nom, et mes poules de cristal qui voient l’avenir me disent que ce sera le MAF.

Elles me disent aussi que le MAF fera un gros paf.

Vous avez compris le principe.

La BCE veut pouvoir monter ses taux, et il faudra qu’elle accompagne cette hausse des taux par un financement des Etats parallèle.

Nous finirons par arriver à une économie avec plusieurs taux.

Un taux pour l’économie, puis un pour les Etats.

Il faudra, pour avoir droit à ce MAF, montrer patte blanche et bien évidemment faire des réformes structurelles, privatiser les bijoux de famille et surtout passer sous les fourches caudines de la Commission Européenne en abandonnant encore plus de souveraineté.

La BCE va donc tout faire pour éviter que nous allions vers une crise de la zone euro comme celle du début des années 2010.

C’est pour cette raison qu’elle prend les devants.

Nous allons vers des moments difficiles sur l’euro, car tout cela va se négocier et se faire sur fonds de psychodrame politique.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
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